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Site web bilingue au Québec : Loi 96, exigences et SEO

9 août 2026
Xavier PeichPar Xavier Peich

Au Québec, votre site web est une publication commerciale : le français doit rester au moins équivalent. Les exigences de la Loi 96 et le SEO bilingue.

Site web bilingue au Québec : Loi 96, exigences et SEO

Deux forces tirent votre site web dans des directions opposées. La première est légale : au Québec, la Charte de la langue française, renforcée par la Loi 96, considère votre site comme une publication commerciale et exige qu'il soit disponible en français. La seconde est commerciale : dans le grand Montréal, une part réelle de votre clientèle et de vos partenaires cherche, lit et achète en anglais. Ignorer l'une ou l'autre coûte cher, de deux façons différentes.

La plupart des PME résolvent la tension de travers. Elles construisent un site anglais soigné, puis y greffent une version française plus mince, à moitié traduite, souvent oubliée à la prochaine refonte. C'est exactement l'inverse de ce que demande la loi, et c'est aussi un mauvais calcul de référencement.

Cet article explique ce que la loi exige réellement, ce qu'une plainte à l'OQLF déclenche, et comment structurer un site vraiment bilingue qui satisfait la Charte et sert votre visibilité dans les deux langues au lieu de la diluer. Notre propre site sert d'exemple.

La réponse courte, pour les pressés

Au Québec, un site web d'entreprise est une publication commerciale au sens de l'article 52 de la Charte de la langue française. Il doit donc être disponible en français, et si une version dans une autre langue existe, la version française doit rester d'une qualité et d'une accessibilité au moins égales (article 10 du Règlement sur la langue du commerce et des affaires). Une traduction anglaise plus complète ou mieux tenue que le français est une infraction. Depuis le 1er juin 2025, la Loi 96 a renforcé le régime et les amendes vont de 3 000 $ à 30 000 $ par infraction pour une entreprise, doublées en cas de récidive. Concrètement, la bonne architecture place le français comme version canonique et l'anglais comme version complète équivalente, reliées par des balises hreflang réciproques. Cette structure satisfait l'OQLF et sert votre référencement dans les deux langues au lieu de le diluer.

Ce que la loi demande vraiment

L'article 52 de la Charte est court et large : les catalogues, brochures, dépliants, annuaires commerciaux « et toute autre publication de même nature » doivent être rédigés en français. L'OQLF interprète cette catégorie comme incluant les sites web et les médias sociaux, et cette lecture a été confirmée par les tribunaux comme par les modifications réglementaires liées à la Loi 96. Autrement dit : votre site n'échappe pas à la règle parce qu'il est numérique.

Cela ne veut pas dire « français seulement ». Le Règlement sur la langue du commerce et des affaires, à son article 10, permet qu'une publication commerciale existe en deux versions distinctes, à une condition : la version française doit être disponible « dans des conditions d'accessibilité et de qualité au moins égales » à la version dans l'autre langue. C'est la phrase qui décide de tout. Vous avez le droit d'avoir un site anglais. Vous n'avez pas le droit qu'il soit meilleur, plus complet ou plus facile à trouver que le français.

La Loi 96 n'a pas inventé cette obligation, elle l'a durcie. Depuis le 1er juin 2025, le régime de sanctions et les attentes d'application se sont resserrés, et l'exposition d'une PME aux plaintes a augmenté d'autant. Le principe pour votre site reste le même, mais le prix de l'ignorer a monté.

Le piège de la traduction mince

Voici où la plupart des sites bilingues échouent, souvent sans que personne s'en rende compte. La version anglaise est écrite en premier, avec soin. La version française arrive ensuite, traduite vite, avec quelques pages en moins, un blogue qui n'est jamais traduit, des formulaires restés en anglais. Techniquement, il existe un français. En pratique, il est inférieur.

Ce déséquilibre est un risque juridique direct au sens de l'article 10. Mais c'est aussi une erreur de référencement, et c'est le point que les dirigeants sous-estiment. Google indexe chaque version séparément. Une page française vide, dupliquée ou traduite à la machine ne se positionne pas : elle ne capte pas les recherches en français, qui représentent une immense part des requêtes au Québec. Vous payez le coût d'un site bilingue sans en toucher le bénéfice du côté francophone. Si le sujet du référencement vous semble flou, notre guide du référencement sans jargon pose les bases.

La conclusion est inconfortable pour un budget serré, mais nette : une demi-version française n'est ni conforme ni utile. Mieux vaut moins de pages, complètes et égales dans les deux langues, qu'un grand site anglais flanqué d'un français en trompe-l'œil.

Ce qu'une plainte à l'OQLF déclenche vraiment

Le mécanisme d'application repose largement sur les plaintes du public, et l'OQLF en a reçu un nombre record en 2024-2025. N'importe qui peut signaler un site non conforme. Voici la suite, sans dramatisation.

L'Office ouvre une enquête. S'il constate un manquement, il communique avec l'entreprise et peut, après un préavis, émettre une ordonnance de se conformer dans un délai donné. Cette ordonnance est contestable devant le Tribunal administratif du Québec dans les 30 jours. Ce n'est que si l'entreprise ignore l'ordonnance que le dossier peut être transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui décide ou non d'intenter une poursuite. C'est alors le tribunal qui impose l'amende, de 3 000 $ à 30 000 $, doublée en cas de récidive.

Soyons honnêtes sur le risque réel : les poursuites pénales pour un site web sont rares. Un cas documenté : l'entreprise Quality Belt maintenance ltée a plaidé coupable en mai 2022 et payé une amende de 1 500 $ (sous l'ancien barème) parce que la version française de son site n'était pas accessible « dans des conditions au moins égales » à l'anglaise. Le vrai coût, pour une PME, n'est presque jamais l'amende. C'est le temps de gestion d'une plainte, la réputation d'une entreprise épinglée publiquement, et de plus en plus, le regard des clients d'affaires qui vérifient la conformité de leurs fournisseurs. La bonne raison de faire les choses correctement n'est pas la peur du gendarme, c'est que le site conforme est aussi le meilleur site.

Faire les deux correctement : le français comme version canonique

L'architecture que nous recommandons, et que nous appliquons à notre propre site, renverse le réflexe habituel. Le français est la version canonique : la structure de référence, celle qui existe en premier et complètement. L'anglais est une version sœur à part entière, pas un sous-produit : chaque page française a son équivalent anglais, de qualité égale, mis à jour en même temps.

Concrètement, cela se traduit dans les URL. Nos conseils vivent sous /conseils/ en français et sous /en/insights/ en anglais, avec des adresses distinctes pour chaque langue. Les slugs eux-mêmes sont traduits (pas /en/conseils/, mais une vraie adresse anglaise), parce qu'un mot-clé dans l'URL aide dans la langue où il est cherché. Les titres, les méta-descriptions et les textes alternatifs des images sont rédigés, pas transposés mot à mot : une bonne page anglaise cible les expressions que les anglophones tapent réellement, qui ne sont pas la traduction littérale des expressions françaises.

Ce choix a un effet secondaire agréable. En traitant le français comme la fondation, vous êtes conforme par construction : il n'existe jamais de version anglaise « en avance » sur le français, puisque le français est le point de départ. La conformité cesse d'être une corvée ajoutée à la fin et devient la façon dont le site est bâti.

Le hreflang, sans jargon

Reste un détail technique qui décide si vos deux versions s'aident ou se nuisent aux yeux de Google : les balises hreflang. Le mot fait peur ; le principe est simple. Une balise hreflang est une étiquette, dans le code de la page, qui dit à Google : « voici la même page dans une autre langue, à telle adresse ». Elle sert le bon visiteur avec la bonne version et empêche Google de croire que vos deux pages se font concurrence.

Trois règles, tirées de la documentation officielle de Google, suffisent à ne pas se tromper. D'abord, les liens doivent être réciproques : si la page française pointe vers l'anglaise, l'anglaise doit pointer vers la française, sinon Google ignore les deux. Ensuite, chaque page doit se lister elle-même en plus de ses variantes. Enfin, les codes de langue suivent une norme simple (fr pour le français, en pour l'anglais, avec une région optionnelle comme fr-CA). Google recommande aussi une valeur x-default pour les visiteurs dont la langue ne correspond à aucune version. Bien posé, le hreflang fait que votre effort bilingue compte double au lieu de s'annuler.

Par où commencer

La séquence est courte. D'abord, un audit honnête de l'existant : votre version française est-elle vraiment aussi complète et à jour que l'anglaise, page par page ? La réponse est souvent non, et c'est le premier risque à corriger. Ensuite, décider de l'architecture : français canonique, anglais en version sœur égale, URL distinctes et traduites. Enfin, la plomberie technique : hreflang réciproques, métadonnées propres à chaque langue, plan pour tenir les deux versions synchronisées dans le temps, parce que la conformité se perd à la première mise à jour faite d'un seul côté.

C'est précisément le genre de vérification qu'on fait ensemble en début de mandat : où le site décroche côté conformité, où il laisse du référencement sur la table, et comment le corriger sans tout reconstruire. Si vous hésitez encore entre le faire vous-même et confier le travail, notre article sur créer son site soi-même ou mandater une agence et notre comparatif des plateformes posent le décor.

→ Discutons de votre site, sans engagement

Ce texte vulgarise des obligations linguistiques pour aider une PME à poser les bonnes questions, ce n'est pas un avis juridique. Le texte de la Charte de la langue française, du Règlement sur la langue du commerce et des affaires et leur application par l'OQLF font foi : validez votre situation avec un conseiller juridique avant toute décision.

Xavier Peich

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Xavier Peich