Le nom de domaine est l'actif le plus mal tenu des PME. Comment le choisir, vérifier qui en est vraiment titulaire, et ne jamais le perdre par inattention.

Dans la plupart des PME, le nom de domaine est l'actif le plus mal tenu de l'entreprise. Enregistré il y a huit ans par une agence qui n'existe plus, ou par le neveu d'un associé qui étudiait en informatique, il se renouvelle sur une carte personnelle dont l'échéance approche. C'est pourtant la fondation sur laquelle tout le reste est branché : le site, les adresses courriel, les factures, les liens de vos publicités. Chez nous, chaque site livré en abonnement tourne sur un domaine qui appartient au client, et c'est écrit noir sur blanc.
L'asymétrie est brutale. Vous pouvez changer d'hébergeur en une soirée, refaire le site au complet sans rien perdre. Le domaine, lui, ne se remplace pas. Il se garde ou il se perd, et quand il se perd, il devient la propriété de quelqu'un d'autre sans qu'aucun contrat ne vous protège.
Cet article couvre les deux moitiés du problème : comment choisir, et surtout comment ne jamais le perdre, avec la mécanique exacte de l'expiration et ce qu'elle coûte.
Un nom de domaine ne s'achète pas, il se loue par tranches d'un à dix ans, et il se perd automatiquement si personne ne paie le renouvellement. Trois gestes suffisent à le sécuriser. D'abord, vérifiez qui est le titulaire inscrit : pour un .ca détenu par une entreprise, le WHOIS de l'ACEI affiche publiquement le nom de l'organisation, alors assurez-vous que c'est le vôtre et non celui de votre ancienne agence. Ensuite, activez le renouvellement automatique avec un mode de paiement de secours, verrouillez le domaine chez le registraire, et notez l'échéance dans votre propre calendrier plutôt que de vous fier aux avis par courriel. Enfin, gardez le courriel du titulaire à une adresse de l'entreprise, parce que tous les avis d'expiration y aboutissent. Si vous manquez l'échéance, la mécanique est chère : une période de grâce de 40 à 45 jours, puis 30 jours de rachat facturés en sus du renouvellement (Hover affiche 175 $ US), puis la remise en circulation publique.
Commencez par là. Faites une recherche WHOIS sur votre domaine et lisez le champ du titulaire (le « registrant »). Pour un .ca enregistré par une entreprise, l'information est publique : l'ACEI masque les coordonnées des particuliers, mais pas celles des organisations. Vous verrez donc en clair quelle entité détient le domaine sur lequel votre entreprise fonctionne.
Ce que vous cherchez est simple. Le titulaire doit être votre entreprise, sous sa dénomination légale. Pas votre agence, pas un employé à titre personnel. Si c'est autre chose, vous n'êtes pas propriétaire de votre domaine, peu importe qui paie la facture depuis dix ans : selon la politique de transfert de l'ICANN, le titulaire est la seule partie qui a l'autorité d'approuver ou de refuser un transfert. Tout le reste est de la courtoisie.
Vérifiez ensuite l'adresse courriel associée, parce que c'est là que partent tous les avis. La politique de l'ICANN sur les enregistrements expirés (ERRP) oblige les registraires à envoyer au moins deux rappels, environ un mois puis environ une semaine avant l'échéance, et un troisième dans les cinq jours suivant l'expiration si le domaine est supprimé. Trois avertissements, une seule adresse. Si c'est celle d'un ancien employé ou d'une boîte que personne ne lit, les trois filets tombent ensemble.
Le .ca n'est pas ouvert à tout le monde. L'ACEI impose des exigences de présence au Canada et vous demande, à l'enregistrement, de choisir une catégorie parmi dix-huit : citoyen canadien, résident permanent, société constituée au Canada, syndicat, établissement d'enseignement, marque de commerce enregistrée au Canada. Pour une PME québécoise incorporée, c'est la catégorie « société », avec la dénomination légale exacte.
Ce n'est pas une formalité décorative. L'ACEI mène des vérifications (RIV, validation de l'information du titulaire) et peut exiger des pièces justificatives, passeport ou certificat de naissance pour un particulier. Faute de preuve, le domaine est supprimé environ deux mois après le début de la vérification. Et « résider ordinairement au Canada » signifie plus de 183 jours dans les douze mois précédant la demande, puis à chaque période de douze mois pendant toute la durée de l'enregistrement. Ce n'est pas une case qu'on coche une seule fois.
Pour le choix lui-même, la règle est ennuyeuse mais solide. Si votre marché est le Québec ou le Canada, prenez le .ca : il signale l'ancrage local et il est encore beaucoup moins saturé que le .com. Si vous vendez à l'étranger, prenez aussi le .com et redirigez-le vers votre site principal. Les deux coûtent quelques dizaines de dollars par année, dérisoire par rapport à ce qu'ils protègent.
Les variantes et les fautes de frappe méritent une réponse plus tempérée que celle des vendeurs de domaines. Achetez-en une ou deux si elles sont évidentes (le trait d'union, la faute que tout le monde fait sur votre nom) et redirigez-les. N'en achetez pas quarante : c'est une dépense récurrente et autant d'échéances de plus à surveiller.
C'est la partie que la plupart des dirigeants découvrent trop tard. Voici la séquence complète.
À l'expiration, le domaine entre dans une période de grâce de renouvellement automatique, jusqu'à 45 jours pour un .ca, la durée exacte étant fixée par le registraire (OpenSRS, par exemple, la met à 40 jours). Pendant cette période, le domaine peut cesser de fonctionner à tout moment. L'ICANN va plus loin pour les extensions génériques : elle exige que le registraire interrompe le service DNS jusqu'à huit jours avant de supprimer le nom, précisément pour que la panne serve de dernier avertissement. Votre site et vos courriels tombent.
Vient ensuite la période de rachat, 30 jours, obligatoire pour tous les registres génériques et appliquée aussi par l'ACEI. Le domaine est mort : plus de site, plus de courriel. Vous pouvez encore le récupérer, mais au prix fort. Hover, un registraire canadien, publie 175 $ US de frais de rachat en plus du renouvellement, et Namecheap explique franchement que ces frais sont fixés par le registre en amont et ne peuvent pas être annulés. Votre fournisseur n'invente pas ce montant, il le refacture.
Après le rachat, le domaine passe en suppression finale, de un à cinq jours, puis il retourne sur le marché. Chez l'ACEI, il aboutit sur la liste TBR (« to be released »), où il doit figurer au moins 60 heures avant la séance de remise en circulation, tenue chaque mercredi à 19 h UTC. Seuls les registraires y participent, ce qui explique qu'une entreprise spécialisée puisse attraper votre domaine avant vous et vous le revendre au prix qu'elle veut. Pour un domaine générique, Namecheap situe la libération 80 à 85 jours après l'expiration.
Trois mois entre l'oubli et la perte définitive, et plusieurs centaines de dollars pour rattraper le coup. C'est beaucoup de marge, mais uniquement si quelqu'un lit les avis.
Le renouvellement automatique d'abord, avec un mode de paiement de secours. La cause la plus fréquente d'expiration n'est pas l'oubli, c'est une carte remplacée ou expirée alors que le renouvellement automatique était activé. Utilisez une carte d'entreprise, pas celle d'un dirigeant, et ajoutez-en une deuxième si le registraire le permet.
Ensuite, l'enregistrement pluriannuel. Un domaine se prend de un à dix ans, et payer cinq ans d'un coup retire quatre occasions de se tromper pour quelques dizaines de dollars. Meilleur rapport effort-risque de la liste.
Puis le verrou du registraire. Le statut clientTransferProhibited bloque tout transfert sortant tant que vous ne le retirez pas vous-même. Il est gratuit, il devrait être actif en permanence, et l'ICANN oblige le registraire à le retirer dans les cinq jours suivant votre demande, donc il ne vous emprisonne pas. Activez aussi l'authentification à deux facteurs : même réflexe que pour le reste de votre sécurité web, sur le compte le plus sensible que vous ayez.
Enfin, une alerte dans votre propre calendrier, 60 jours avant l'échéance. Les trois avis réglementaires sont utiles, mais ils dépendent tous d'une adresse courriel qui doit rester vivante et lue. Votre calendrier, lui, ne change pas d'employeur.
Changer de fournisseur ne devrait jamais être un bras de fer. La procédure est encadrée : vous déverrouillez le domaine, vous demandez le code d'autorisation (auth-code ou code EPP), vous le fournissez au nouveau registraire, puis vous confirmez. L'ACEI précise que votre registraire doit vous remettre ce code dans les cinq jours, et qu'à défaut vous pouvez vous adresser directement à l'ACEI. L'ICANN impose le même délai de cinq jours pour la remise du code et le retrait du verrou.
Deux points désamorcent les tactiques de rétention. Un registraire ne peut pas refuser un transfert au motif d'un différend de facturation portant sur une période à venir, ni parce que le domaine est verrouillé si vous pouvez le déverrouiller. Et un transfert réussi ajoute une année à votre enregistrement, donc rien de payé n'est perdu.
La contrainte réelle est le délai de 60 jours : un domaine enregistré ou transféré depuis moins de 60 jours ne peut pas être déplacé. Tenez-en compte dans votre échéancier. Côté coût, l'ACEI situe les frais de transfert d'un .ca entre 10 et 20 $ CA, souvent avec une année de renouvellement incluse.
Nous vendons des sites par abonnement, donc la question se pose franchement : est-ce que le fournisseur devrait détenir le domaine ? Non. Il reste au nom du client, dans un compte auquel le client a accès, point final. C'est plus de travail à l'intégration et ça retire un levier de rétention, et c'est exactement pour ça que certains ne le font pas.
Un fournisseur qui détient votre domaine détient aussi vos courriels et votre référencement, et vous ne le découvrez qu'au moment de partir. L'hébergement se change, le site se refait, mais un domaine retenu par un tiers se négocie. Si vous hésitez entre monter votre site vous-même ou mandater une agence, posez la question avant de signer.
Faites le test cette semaine : WHOIS, champ titulaire, adresse courriel, renouvellement automatique, verrou. Un quart d'heure, une fois. Si le titulaire n'est pas votre entreprise, ou si vous n'arrivez pas à savoir qui c'est, écrivez-nous et on démêlera ça.
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