TPS, TVQ, seuil de 30 000 $, taxe selon la destination, plateformes et protection du consommateur : les obligations d'une boutique en ligne au Québec.

Le jour où vous lancez une boutique en ligne, la partie technique est souvent la plus simple. Le vrai mur arrive plus tard, quand les ventes commencent à rentrer et qu'il faut décider quoi faire avec les taxes. La plupart des marchands qui nous appellent après avoir ouvert leur boutique en ligne au Québec ont la même question, formulée avec une pointe d'inquiétude : « Est-ce que j'étais censé percevoir la TPS depuis le début ? »
La réponse dépend d'un seuil, d'une règle de destination, et de deux obligations que presque personne ne connaît avant de les enfreindre. Rien de tout ça n'est compliqué une fois posé à plat. Mais l'ordre dans lequel vous découvrez ces règles compte : les découvrir en recevant une lettre de Revenu Québec coûte plus cher que les lire aujourd'hui. C'est le sujet de cet article, et c'est le genre de cadrage qu'on intègre dès la conception d'un site transactionnel dans nos services.
Au Québec, vous devez percevoir la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %) dès que vos ventes taxables mondiales dépassent 30 000 $ sur un seul trimestre civil ou sur les quatre trimestres précédents. Sous ce seuil, vous êtes un petit fournisseur et l'inscription reste facultative, mais renoncer à percevoir vous prive aussi des crédits de taxe sur les intrants. La taxe suit la destination de la livraison, pas votre adresse : une commande expédiée en Ontario porte la TVH de 13 %, une commande en Nouvelle-Écosse 14 % depuis avril 2025. Si vous vendez sur Amazon ou Etsy, la plateforme perçoit et remet généralement la taxe à votre place depuis juillet 2021. Enfin, la Loi sur la protection du consommateur encadre chaque contrat conclu à distance : divulgation obligatoire avant l'achat, copie du contrat dans les 15 jours, et un droit d'annulation qui peut aller jusqu'à la rétrofacturation de la carte de crédit.
Revenu Québec vous considère comme un « petit fournisseur » tant que le total de vos ventes taxables mondiales (les vôtres et celles de vos associés) ne dépasse pas 30 000 $ au cours d'un trimestre civil donné ou de l'ensemble des quatre trimestres qui le précèdent. Tant que vous êtes sous ce seuil, vous n'avez ni à vous inscrire aux fichiers de la TPS et de la TVQ, ni à percevoir ces taxes.
L'erreur la plus fréquente est de lire « 30 000 $ par année civile ». Ce n'est pas ça. Le seuil se calcule sur une fenêtre glissante de quatre trimestres, et il se déclenche aussi dès qu'un seul trimestre dépasse 30 000 $. Une boutique qui décolle après une bonne campagne peut donc franchir le seuil en plein milieu d'année, du jour au lendemain, sans avoir vu venir le changement de statut.
Reste la vraie décision, celle que même les petits fournisseurs devraient prendre consciemment : s'inscrire volontairement ou non. S'inscrire, c'est ajouter la taxe au prix payé par vos clients et la remettre à l'État. En échange, vous récupérez les crédits de taxe sur les intrants : la TPS et la TVQ que vous payez vous-même sur vos achats d'entreprise (marchandise, logiciels, publicité) vous sont remboursées. Pour une boutique qui investit avant de vendre, cette récupération dépasse souvent le désagrément de facturer la taxe. Ne pas s'inscrire garde vos prix affichés plus bas pour le consommateur, mais chaque dollar de taxe payé sur vos dépenses reste un coût sec. Il n'y a pas de bonne réponse universelle : il y a votre structure de coûts.
Voici la règle qui surprend le plus les nouveaux marchands. Une fois inscrit, vous ne facturez pas « les taxes du Québec » à tout le monde. Vous facturez la taxe de la province où le bien est livré. Les fiscalistes appellent ça les règles sur le lieu de fourniture, et pour des marchandises expédiées, le lieu de fourniture est la province de destination.
En pratique : un client à Montréal paie TPS + TVQ. Un client en Ontario paie la TVH de 13 %. Un client au Nouveau-Brunswick, à l'Île-du-Prince-Édouard ou à Terre-Neuve-et-Labrador paie 15 %. La Nouvelle-Écosse est passée à 14 % le 1er avril 2025, un détail que beaucoup de tableaux de taxes n'ont pas encore corrigé. Pour les provinces sans taxe harmonisée (Colombie-Britannique, Alberta, etc.), vous ne percevez que la TPS de 5 %.
La bonne nouvelle : ce n'est pas un calcul que vous faites à la main. Une plateforme transactionnelle correctement configurée applique le bon taux selon l'adresse de livraison. Le piège, c'est la boutique montée à la va-vite qui facture 14,975 % à tout le Canada parce que c'est le taux du propriétaire. Vos clients ontariens paient alors trop, vos clients des Prairies aussi, et c'est vous qui portez l'erreur.
Si vous vendez sur une place de marché plutôt que sur votre propre site, le portrait change. Depuis le 1er juillet 2021, les règles fédérales sur l'économie numérique obligent les exploitants de plateformes de distribution (Amazon, Etsy, eBay) à percevoir et remettre la TPS/TVH sur les ventes qu'ils facilitent pour certains vendeurs tiers. Concrètement, Etsy perçoit la taxe sur vos ventes aux acheteurs canadiens même si vous n'êtes pas inscrit. Revenu Québec applique une logique semblable pour la TVQ.
Ça ne veut pas dire que vous pouvez ignorer le sujet. Ces ventes comptent toujours dans le calcul de votre seuil de 30 000 $, et une fois inscrit, vous devez encore les déclarer et réconcilier ce que la plateforme a perçu avec vos propres registres. La plateforme retire une charge, elle ne fait pas disparaître votre obligation comptable. Et surtout : dès que vous vendez en parallèle sur votre propre boutique, c'est vous, et vous seul, qui percevez et remettez. C'est une des variables du choix entre Shopify ou une boutique sur mesure.
Une fois inscrit, vos numéros d'inscription à la TPS et à la TVQ doivent figurer sur vos factures. C'est plus qu'une formalité : un client qui est lui-même une entreprise a besoin de ces numéros pour réclamer ses propres crédits de taxe. Une facture doit aussi montrer clairement le montant de taxe perçu, ou indiquer que le prix comprend la TPS et la TVQ.
Pour une boutique grand public, ça se règle une fois, dans la configuration du reçu automatique. Pour une boutique qui vend aussi à des entreprises, c'est un vrai point de friction s'il est négligé : un client B2B qui ne peut pas récupérer sa taxe faute d'un numéro sur le reçu revient rarement.
Voici la partie que presque aucune boutique ne gère bien, parce qu'elle ne relève pas de la fiscalité mais de la Loi sur la protection du consommateur (LPC). Chaque vente en ligne à un consommateur québécois est un « contrat conclu à distance », et la LPC impose des règles précises.
Avant la conclusion du contrat, le marchand doit divulguer une liste d'informations : son nom et ses coordonnées, une description détaillée de chaque bien, le prix et les frais, le total à payer, le délai d'exécution, le mode de livraison, et les conditions d'annulation, de retour et de remboursement. Ces renseignements doivent être présentés de façon à ce que le consommateur puisse facilement les conserver et les imprimer. Le marchand doit ensuite transmettre une copie du contrat dans les 15 jours suivant sa conclusion.
Si ces obligations ne sont pas remplies, le consommateur dispose d'un droit d'annulation : dans les 7 jours pour un manquement à la divulgation, et jusqu'à 30 jours si la copie du contrat n'a jamais été transmise. Il peut aussi annuler si vous ne livrez pas dans les 30 jours prévus. Et l'outil qui donne des dents à tout ça : la rétrofacturation. Si vous ne remboursez pas dans les 15 jours suivant une annulation valide, le consommateur peut demander à l'émetteur de sa carte de crédit d'annuler la charge. Ce n'est pas une faveur du marchand, c'est un droit prévu par la loi.
La leçon n'est pas de craindre la LPC, c'est de concevoir la boutique pour la respecter par défaut : une page de conditions claire, un reçu automatique conforme, une politique de retour affichée avant le paiement. Fait dès le départ, c'est invisible. Ajouté après une plainte, c'est une reprise complète.
La séquence est simple. D'abord, estimez honnêtement où vous vous situez par rapport au seuil de 30 000 $, et décidez consciemment de vous inscrire ou non plutôt que de laisser le hasard décider à votre place. Ensuite, assurez-vous que votre plateforme applique la taxe selon la destination et produit des factures conformes. Enfin, alignez vos pages de conditions, de livraison et de retour sur les exigences de la LPC, avant la première vente, pas après la première plainte.
C'est exactement le genre de fondations qu'on met en place quand on construit une boutique transactionnelle : la mécanique de vente et la conformité conçues ensemble, pas rapiécées l'une après l'autre.
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Ce texte vulgarise des obligations fiscales et légales pour aider une PME à poser les bonnes questions. Ce n'est ni un avis fiscal, ni un avis juridique. Les seuils, taux et règles décrits ici évoluent et comportent des exceptions selon votre situation : validez la vôtre auprès de Revenu Québec, de l'Agence du revenu du Canada, de l'Office de la protection du consommateur ou d'un professionnel avant toute décision. En cas de divergence, les textes officiels et la loi font foi.
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