Agents IAPar Xavier Peich

Mode agent de ChatGPT, Claude Cowork : ce que ces agents de bureau font vraiment pour une PME

Le mode agent de ChatGPT est devenu ChatGPT Work, Cowork se fond dans Claude. Ce que ces agents font en PME, où ils cassent, et ce que la Loi 25 exige.

Mode agent de ChatGPT, Claude Cowork : ce que ces agents de bureau font vraiment pour une PME

Si vous cherchez le mode agent de ChatGPT, vous arrivez trop tard : la page d'aide d'OpenAI annonce maintenant que ChatGPT agent n'est plus offert et renvoie vers ChatGPT Work, lancé le 9 juillet 2026. Chez Anthropic, le mouvement va plus loin deux mois plus tard : le 16 septembre, Claude Cowork et la conversation habituelle ont commencé à fusionner en un seul Claude. Pour une PME qui se demande si ces outils remplacent un agent IA sur mesure, la question a changé de nature.

L'agent n'est plus une fonction cachée qu'on active pour essayer. Il est dans l'outil que vos employés ouvrent chaque matin : un onglet Work à côté de Chat chez OpenAI, la conversation elle-même chez Anthropic. La fenêtre qui répondait aux questions peut maintenant lire un dossier, remplir un formulaire et travailler pendant que la personne est en réunion.

Voici ce que ces deux agents font aujourd'hui, d'après leurs éditeurs, où ils cassent, et quand une tâche qu'on leur confie devrait devenir un vrai processus.

La réponse courte, pour les pressés

En septembre 2026, le mode agent de ChatGPT n'existe plus : OpenAI l'a remplacé par ChatGPT Work, un agent lancé le 9 juillet 2026 qui mène des tâches en plusieurs étapes et livre documents, chiffriers et présentations. Claude Cowork, réservé aux forfaits payants, fusionne depuis le 16 septembre 2026 avec la conversation de Claude sur les forfaits Pro et Max; Team et Enterprise gardent pour l'instant deux modes séparés. Les deux agents lisent des fichiers, naviguent sur le Web, utilisent vos applications connectées, peuvent prendre le contrôle de l'ordinateur et exécutent des tâches planifiées. Ils excellent pour la recherche ponctuelle et le tri de fichiers. Ils cassent sur les connexions aux sites, les longues exécutions sans surveillance et tout ce qui doit être répétable et vérifiable. Et chaque fichier qu'ils ouvrent est traité sur les serveurs de l'éditeur : s'ils sont hors du Québec, l'article 17 de la Loi 25 s'applique.

Ce qu'est devenu le mode agent, et ce qu'est devenu Cowork

Les noms ont bougé plus vite que les articles qui en parlent.

Chez OpenAI, ChatGPT se divise maintenant en deux expériences : Chat, pour les questions rapides, et Work, qu'OpenAI décrit comme un agent conçu pour le travail long, en plusieurs étapes, qui aboutit à des livrables finis. L'ancien mode agent, qu'on activait en tapant /agent et qui était plafonné à 40 requêtes par mois sur le forfait Plus, a disparu. Work puise plutôt dans l'allocation du forfait, et une tâche complexe en consomme davantage. Sur le Web et le mobile, Work est offert aux forfaits payants admissibles (Plus, Pro, Business, Enterprise, Edu). Dans l'application de bureau, OpenAI l'ouvre à tous les forfaits, y compris le gratuit, avec un accès limité.

Chez Anthropic, Cowork était un espace distinct pour les tâches longues, bâti sur l'architecture de Claude Code. Sur les comptes Pro et Max qui ont reçu la nouvelle version, il n'y a plus de bouton « Cowork » à choisir : on décrit ce qu'on veut dans n'importe quelle conversation et Claude décide s'il répond ou s'il se met au travail. Le déploiement est graduel. Les forfaits Team et Enterprise, ceux qu'une PME utilise normalement, gardent pour le moment les deux options séparées, et Anthropic s'engage à prévenir les administrateurs Enterprise au moins 30 jours avant tout changement.

Anthropic explique que ses utilisateurs trouvaient frustrant de devoir décider où envoyer une tâche. OpenAI garde deux onglets, mais met l'agent à un clic, jusque dans l'application de bureau gratuite. Pour une PME, ce confort a une conséquence directe : l'outil de clavardage de chaque employé peut désormais agir.

Ce que ces agents font vraiment

Les deux produits offrent les mêmes quatre capacités.

1. Lire et produire des fichiers. Dans l'application de bureau, l'agent accède aux dossiers que vous lui ouvrez, les réorganise, en tire un rapport et livre un chiffrier avec de vraies formules ou une présentation modifiable dans PowerPoint.

2. Utiliser vos applications connectées. Gmail, Google Drive, Microsoft 365, Slack : une fois branchés, l'agent y puise ce qu'il lui faut en cours de tâche. La documentation d'Anthropic décrit un ordre de préférence : le connecteur d'abord, le navigateur ensuite, l'écran en dernier recours. Lire Slack par son connecteur prend quelques secondes; le parcourir à l'écran est lent et fragile.

3. Naviguer et agir sur le Web. ChatGPT Work dispose d'un navigateur infonuagique, un ordinateur distant avec ses propres sessions, qui continue après que vous avez fermé votre portable. Claude utilise un navigateur intégré à son application de bureau ou votre propre Chrome.

4. Prendre le contrôle de l'ordinateur et travailler seul. Les deux peuvent cliquer, taper et naviguer dans vos logiciels de bureau (en bêta chez Anthropic, sur Pro et Max). Et les deux exécutent des tâches planifiées : tous les lundis, résumer la boîte de réception; à chaque nouveau courriel d'un fournisseur, mettre à jour un document.

Là où ils sont bons

Le point commun des bons usages : une personne définit la tâche et une personne juge le résultat. Préparer une rencontre avec un client potentiel. Comparer trois soumissions de fournisseurs dans un tableau. Classer des centaines de factures numérisées. Transformer des notes de réunion en présentation.

L'erreur coûte peu, parce que quelqu'un relit avant d'utiliser. L'agent remplace l'après-midi de manutention, pas le jugement, et c'est une bonne porte d'entrée vers l'IA qui agit.

Là où ils cassent

Ces limites, ce sont les éditeurs qui les écrivent.

Les connexions. OpenAI prévient que certains sites bloquent les agents automatisés, même quand le même site fonctionne normalement dans votre navigateur. L'agent s'arrête aussi à chaque connexion, code à deux facteurs ou confirmation. Le portail de votre fournisseur de paie risque d'être ce genre de site.

L'exécution sans surveillance. Anthropic recommande de ne pas planifier de tâches qui touchent des fichiers sensibles, envoient des messages en votre nom ou font des achats. La raison est l'injection de requête : un courriel ou une page Web piégés peuvent contenir des instructions que l'agent prendrait pour les vôtres. Les deux éditeurs ont ajouté des vérifications automatiques et reconnaissent qu'elles n'éliminent pas le risque. Anthropic le dit sans détour : vous demeurez responsable de toutes les actions que Claude accomplit en votre nom.

La répétabilité. C'est la limite la moins visible. Une tâche confiée à un agent de bureau vit dans le compte d'une personne, avec ses connecteurs, ses dossiers et sa formulation du jour. Si cette personne part en vacances, la tâche part avec elle. Anthropic précise même que l'historique des sessions locales de Cowork reste sur l'ordinateur de l'employé, et que les administrateurs ne peuvent ni le gérer ni le supprimer de façon centralisée.

La Loi 25 : l'agent voit ce que vous lui montrez

Quand Claude prend le contrôle de l'écran, il prend des captures d'écran pour s'orienter, et peut donc voir tout ce qui y est affiché. Anthropic précise que le travail fait en session infonuagique, y compris les fichiers locaux ouverts par l'application de bureau, est traité sur ses serveurs plutôt que de rester sur votre ordinateur. OpenAI écrit la même chose autrement : les messages et le contexte d'une tâche peuvent être stockés dans le nuage, même quand le travail s'exécute localement.

L'article 17 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé exige, avant de communiquer un renseignement personnel à l'extérieur du Québec, une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée et une entente écrite. Le dossier d'employé que l'agent ouvre, le chiffrier de clients qu'il trie : chacun part vers les serveurs de l'éditeur, et devient une communication hors Québec dès que ces serveurs sont ailleurs. Aucune des deux pages d'aide ne promet un traitement au Québec. Nous avons détaillé la mécanique dans notre article sur les agents IA qui roulent sur des serveurs américains.

Reste le type de compte. OpenAI n'utilise pas, par défaut, le contenu des espaces Business et Enterprise pour entraîner ses modèles; sur les comptes personnels, c'est un réglage que l'utilisateur doit désactiver. Or ChatGPT Work est offert, en version limitée, dans l'application de bureau gratuite. Un employé peut donc lancer un agent sur un dossier de l'entreprise depuis un compte personnel, sans que personne le sache. C'est le risque de l'IA fantôme avec des mains. D'où l'intérêt d'un abonnement d'équipe encadré, dont nous avons comparé les offres de Copilot, ChatGPT et Claude : sur le forfait Team de Claude, Cowork et les sessions infonuagiques sont activés par défaut, et c'est le propriétaire du compte qui peut les désactiver.

La troisième fois : quand une tâche devrait devenir un processus

La règle pratique qu'on propose : la première fois qu'un employé confie une tâche à un agent de bureau, c'est de l'exploration. La deuxième, c'est une habitude. La troisième, c'est un processus d'affaires qui s'ignore, et il faut se poser quatre questions. Les entrées sont-elles toujours du même type? Le résultat doit-il toujours avoir la même forme? D'autres personnes en dépendent-elles? Faut-il pouvoir montrer, dans six mois, ce qui a été fait et pourquoi?

Si oui, la tâche a dépassé l'agent de bureau. Les éditeurs proposent une étape intermédiaire : OpenAI offre sur Business et Enterprise des agents d'espace de travail, partagés avec l'équipe, planifiables et déclenchables par une API. Pour un flux simple contenu dans les outils de l'éditeur, cela peut suffire.

Un agent IA sur mesure répond à un autre besoin. Il exécute un processus défini pour toute l'entreprise plutôt que pour une personne. Il se branche sur vos systèmes, même ceux sans connecteur grand public. Ses règles sont écrites, versionnées et journalisées, et le trajet des renseignements personnels est conçu dès le départ avec l'évaluation que la Loi 25 exige. C'est la différence que nous expliquons entre un agent IA et ChatGPT : l'un attend qu'on lui parle, l'autre fait partie de la chaîne de travail.

Par où commencer

Laissez vos équipes essayer ChatGPT Work ou Claude, mais dans un compte d'entreprise, sur des tâches où quelqu'un relit le résultat, et sans ouvrir à l'agent les dossiers de clients ou d'employés tant que l'évaluation de l'article 17 n'est pas faite. Puis demandez-leur, dans un mois, quelles tâches elles ont confiées à l'agent trois fois. Cette liste est le meilleur point de départ pour un agent de processus.

C'est le tri qu'on fait dans une première conversation : ce qui reste à l'agent de bureau, ce qui mérite un processus, et ce que ça coûte.

→ Parlons de vos tâches répétitives

Xavier PeichÉcrit parXavier Peich