Le Vendredi fou tombe le 27 novembre cette année. En novembre dernier, Google Ads estimait à 49 500 les recherches de « vendredi fou » au Canada, et bien des boutiques en ligne québécoises préparent déjà leurs prix barrés. Le 25 novembre 2025, le Bureau de la concurrence publiait un communiqué adressé aux entreprises, dont le titre annonçait une hausse des plaintes pour prix courants gonflés.
Presque tout ce qu'on lit en français sur les faux rabais s'adresse à l'acheteur. Ce texte prend l'autre côté du comptoir. Un « était 100 $, maintenant 60 $ » est une affirmation sur le passé de votre boutique, et depuis 2024, la loi fédérale demande au commerçant de la prouver. Cette preuve n'est ni dans votre thème ni dans votre bannière. Elle est, ou n'est pas, dans votre base de données.
La réponse courte, pour les pressés
Au Canada, un prix barré est une indication sur le prix habituel au sens de l'article 74.01 de la Loi sur la concurrence. Depuis le 20 juin 2024, c'est au commerçant d'établir que son propre prix de référence satisfait à l'un de deux critères : il a vendu une quantité importante du produit à ce prix ou plus cher pendant une période raisonnable, ou il l'a offert de bonne foi à ce prix pendant une période importante juste avant ou après la promotion. Le Bureau de la concurrence lit le premier critère comme plus de 50 % des ventes et situe les deux « habituellement au cours de l'année ». Une société s'expose à une sanction pouvant atteindre 10 millions de dollars, ou le triple du bénéfice tiré si c'est plus. Au Québec, la Loi sur la protection du consommateur interdit en plus d'invoquer faussement une réduction ou un prix de référence (art. 225). La preuve, c'est l'historique daté des prix de votre boutique.
Depuis 2024, le fardeau est de votre côté
L'article 74.01 de la Loi sur la concurrence vise les indications données au public « relativement au prix auquel il a fourni, fournit ou fournira habituellement un produit ». Le paragraphe (3), qui couvre votre propre prix de référence, rend ce comportement susceptible d'examen « à moins que, compte tenu de la nature du produit et du marché géographique pertinent, il établisse » l'un de deux faits. Soit il a vendu « une quantité importante du produit à ce prix ou à un prix plus élevé pendant une période raisonnable ». Soit il l'a « offert de bonne foi » à ce prix ou plus cher « pendant une période importante précédant de peu ou suivant de peu » l'annonce.
Avant le 20 juin 2024, ce paragraphe formulait la règle à l'envers : le comportement était visé si le commerçant n'avait ni vendu ni offert le produit à ce prix. Le mot qui compte est désormais « établisse ». À notre lecture, le prix barré est passé d'une affirmation que l'autorité devait démonter à une affirmation que vous devez documenter.
Pour une société, la sanction administrative peut atteindre le plus élevé de 10 millions de dollars (15 en cas d'ordonnance subséquente) et du triple du bénéfice tiré, ou 3 % des recettes globales brutes annuelles si ce bénéfice ne peut être déterminé (art. 74.1). Depuis juin 2025, toute personne peut aussi demander au Tribunal de la concurrence la permission d'intenter ce recours, accordée si c'est dans l'intérêt public (art. 103.1). En 2019, La Baie d'Hudson a accepté de payer une sanction de 4 millions de dollars, plus 500 000 $ de frais d'enquête, pour régler des allégations de faux prix courants sur des ensembles de literie.
Une porte de sortie touche votre système : aucune sanction n'est ordonnée contre qui établit avoir fait preuve de toute la diligence voulue pour empêcher le comportement (art. 74.1(3)).
Deux critères, deux questions pour votre base de données
Le Bureau traduit la loi en deux tests. Le critère de quantité : plus de 50 % du produit vendu à ce prix ou plus cher. Le critère de période : le produit offert de bonne foi à ce prix ou plus cher pendant une période importante, juste avant ou après la promotion. Les deux « habituellement au cours de l'année ». Le seuil de 50 % est la lecture du Bureau : la loi dit « quantité importante ». De bonne foi veut dire que le détaillant « croit honnêtement que le prix est juste et s'attend à ce que les clients paient ce prix ».
Traduits en requêtes, ces critères posent deux questions différentes. Le critère de quantité demande quelle part des unités vendues dans la période l'a été au prix de référence ou plus cher. Vos commandes y répondent : chacune garde le prix réellement payé.
Le critère de période demande pendant combien de jours le produit a été offert à ce prix. Les commandes n'y répondent pas : un produit affiché à 100 $ pendant six mois sans une vente n'y laisse aucune trace. Seul un historique des prix offerts y répond, et la fiche produit n'en est pas un. Shopify stocke un « Price » et un « Compare-at price », WooCommerce un « Regular price » et un « Sale price » : des valeurs courantes, que chaque modification remplace. Le prix barré de Shopify est un nombre que vous tapez; sa documentation ne décrit aucune comparaison avec les ventes réelles.
Deux pièges en découlent. Le premier : monter un prix en octobre pour le « réduire » en novembre. Trois semaines à 100 $ avant le Vendredi fou ne font pas, à notre lecture, une période importante, et la bonne foi se plaide mal pour un prix que personne n'a payé. Le second : croire qu'un « 20 % de rabais » sans prix affiché y échappe. Le Bureau cite justement « économisez 20 % sur le prix régulier » parmi les indications ambiguës et invérifiables. Le prix de référence non écrit existe quand même.
Ce que la LPC ajoute au Québec
La Loi sur la protection du consommateur ne chiffre pas ce qu'est un prix courant véritable, mais elle interdit d'en annoncer un faux. Selon l'article 225, aucun commerçant ne peut faussement « invoquer une réduction de prix », « indiquer le prix courant ou un autre prix de référence », ni « laisser croire que le prix d'un bien ou d'un service est avantageux ». Les deux critères fédéraux restent, selon nous, la grille la plus précise pour documenter le vôtre.
Les conséquences touchent le contrat lui-même. Pour les paragraphes a et b de l'article 225, l'article 253 crée une présomption : si le consommateur avait connu la pratique, il n'aurait pas contracté ou n'aurait pas payé un prix si élevé. L'article 272 lui ouvre la réduction de son obligation et des dommages-intérêts punitifs. Et l'article 278 en fait une infraction pénale : pour une entreprise, l'amende peut atteindre 5 % du chiffre d'affaires mondial de l'exercice précédent, si ce montant dépasse 125 000 $.
Trois autres règles touchent une campagne du Vendredi fou. L'article 231 interdit d'annoncer un bien en quantité insuffisante sans indiquer que la quantité est limitée, et laquelle. L'Office de la protection du consommateur précise que « quantité limitée » ou « jusqu'à épuisement des stocks » ne suffisent pas : il faut la quantité exacte, que votre boutique connaît déjà. Nous y lisons l'application de cet article. Ensuite, selon l'Office, si la date de fin d'un solde est clairement indiquée, vous pouvez revenir au prix courant après cette date; sinon, le client peut exiger le prix le plus bas. Enfin, pour l'Office, « sans taxes » est interdit en publicité, « nous payons les taxes pour vous » est permis (les taxes elles-mêmes sont dans notre article sur la vente en ligne).
Le prix tout inclus de l'article 224 c et l'interdiction fédérale de l'indication de prix partiel sont expliqués dans notre article sur la LPC et les boutiques en ligne. Un rappel de l'échelle : pour des frais de réservation obligatoires de 1,50 $, le Tribunal de la concurrence a imposé à Cineplex une sanction de plus de 38,9 millions de dollars en septembre 2024, et la Cour d'appel fédérale a rejeté l'appel le 21 janvier 2026.
Le prix barré ne reste pas sur votre site
Pour afficher un prix barré dans les annonces Shopping au Canada, Google exige que le prix de base ait été valide 30 jours au cours des 200 derniers, avec un rabais de plus de 5 % et de moins de 90 %, et précise qu'il valide régulièrement le prix soldé sur votre site. À notre lecture, Google tient donc un historique de vos prix, possiblement plus complet que le vôtre. Son seuil n'est pas celui de la loi : passer le test de Google ne prouve rien devant le Bureau (le flux lui-même est détaillé dans notre article sur Google Shopping).
Shopify peut aussi transmettre le prix comparatif à des agents IA comme ChatGPT et Microsoft Copilot. Chaque nouvelle surface répète votre affirmation.
À côté du prix, il y a désormais autre chose à afficher pour certains biens neufs : la durée de la garantie de bon fonctionnement. Et la « carte-cadeau en prime » suit ses propres règles.
Construire la preuve dans la boutique
La pièce centrale est un journal des prix : chaque changement de prix ou de prix de référence, par variante, avec l'heure et l'origine (administration, importation, application). On n'y modifie rien, on ajoute. Avec les commandes, qui gardent déjà le prix payé, il répond aux deux critères.
Par-dessus, un rapport par campagne. Avant de publier un prix barré, il calcule pour chaque produit le nombre de jours au prix de référence ou plus cher dans les douze derniers mois, et la part des unités vendues à ce prix ou plus cher. Si ni l'un ni l'autre ne tient, le produit s'affiche à son prix, sans barre. On archive ensuite la page de la campagne, datée. Le Bureau conseille de conserver des registres détaillés des promotions, « y compris les dates, les aubaines et les prix courants » : c'est aussi, selon nous, le meilleur matériau pour plaider cette diligence.
Une dernière pièce à retirer plutôt qu'à construire : le compte à rebours. Le Bureau range parmi les faux indices d'urgence le minuteur qui expire ou se réinitialise alors que l'offre reste disponible. Si vous prévoyez de prolonger la vente jusqu'au cyberlundi, ne l'affichez pas.
Ce journal et ce rapport font partie des boutiques qu'on construit.
Par où commencer, quatre semaines avant le 27 novembre
Commencez le journal aujourd'hui, même sous forme d'exportation quotidienne datée. Pour chaque produit que vous comptez barrer, vérifiez les deux critères à partir de vos commandes et de vos exportations. Retirez la barre là où la preuve manque, affichez la date de fin et les quantités exactes, décrochez les minuteurs.
Si votre boutique ne sait pas encore répondre à la question « depuis quand ce prix-là? », c'est le moment de la brancher.
→ Parlons de votre boutique avant le Vendredi fou
Ce texte vulgarise des règles de droit pour aider une PME à poser les bonnes questions. Ce n'est pas un avis juridique : l'application des critères du prix habituel dépend de la nature du produit, du marché et des circonstances. Validez votre situation auprès d'un juriste, du Bureau de la concurrence ou de l'Office de la protection du consommateur. Le texte de la Loi sur la concurrence et de la Loi sur la protection du consommateur fait foi.
